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Processus d’écriture et matière

PRATIQUE · PROCESSUS · MATIÈRE

Artist Statement

Brut, organique, délicat, cru et intimiste, le travail fait appel au viscéral plutôt qu’au cérébral et est délibérément lent.

Mes peintures résultent de leurs processus : une improvisation entre corps, matières et milieu, formatée par des marques au fil du temps : couleur, traces et empreintes. Mes procédés méditatifs suivant intuitivement les matériaux, marquent le temps pour ralentir et dilater le présent.

Mes procédés méditatifs suivant intuitivement les matériaux, marquent les durées multiples pour ralentir et dilater le présent. Pour créer des tensions, pour perturber et transformer le temps accéléré du quotidien, des activités laborieuses et de longue durée sont déployées. Ce contre-tempo – identifiable par sa différence – se positionne comme une stratégie dissidente pour arrêter la vitesse et ouvrir un dialogue avec la matière, pour fouiller le passé et générer de nouveaux possibles.

Le processus est rallongé par la fabrication de la couleur à la main. Ainsi, mes peintures commencent par la fabrication des teintures, encres et pigments de mon quotidien. Marcher, jardiner, cueillir, chercher et réutiliser sont des actions infusées dans mes peintures. Ces activités côtoient d'autres gestes répétitifs portés par les matières rencontrées – teinture, tâche, couture, tissage ou peinture – et tracent le temps sous une forme tangible. Par ces gestes répétitifs, la toile est empreinte des histoires entre les mains et les matières. L'image est réduite à son minimum par les marques laissées comme résidu de ces processus prolongés, laissant parler la couleur et la matière. Moins il y a à voir, plus le tableau peut demander un engagement attentif.

Il existe une logique étrange et poétique entre le processus géologique des pigments minéraux et leur capacité à durer plus longtemps par rapport aux colorants végétaux plus rapides à pousser mais plus réactifs à l'épreuve du temps. Pourtant, j'invoque cette sensibilité au changement comme une force pour défier la perception statique des peintures en gardant leur surface sensible au passage du temps. Sur la toile, des traces du temps passé, et qui passe, émergent. L'œuvre change infiniment et continuellement. Au fil du temps, la peinture s'estompera, s'altérera et vieillira.

Ce mouvement discret est aussi exploré au travers de la capacité de la toile à changer et à répondre à un espace donné. Dépliée, accrochée au mur, pliée et dépliée, l'œuvre n'est jamais totalement statique et se veut « vivante. »

BIOGRAPHIE

Une pratique lente
comme résistance

« L’œuvre change infiniment et continuellement. »

Les peintures de Messua pensent au temps et à la matérialité. Elle met l’accent sur le processus, travaillant avec des techniques laborieuses et répétitives en collaboration avec les matériaux. Elle fabrique de la couleur en transformant des déchets de cuisine, des mauvaises herbes ou d’autres ingrédients organiques trouvés tels que des plantes, des racines ou des fruits.

Messua est basée à Londres depuis 2011. Elle obtient sa licence des Beaux-Arts à l'Université londonienne de Kingston en 2015 et elle remporte deux prix. L’un pour l’œuvre de dessin le plus innovatrice et l’autre pour la meilleure dissertation en étude critique et historique. Elle étudie pour sa maitrise des beaux-arts à Kingston Université grâce à une bourse d’excellence. Actuellement, elle est doctorante au Royal College of Art à Londres. Ses recherches explorent le temps et la matière en peinture pour en extraire une méthodologie lente comme modèle de résistance dans le contexte d’accélération capitaliste.

Récemment, elle a commencé à enseigner dans des universités au Royaume-Uni. Actuellement, elle est professeure et chef des Beaux-Arts a L’Université de Buckinghamshire. En amont, Messua a donné des ateliers portant sur la teinture et ces techniques dans différentes institutions comme à la Bell House.

Messua fait également partie du collectif Sandwich (précédemment connu sous le nom de +0), avec lesquels ils obtiennent une bourse en collaboration avec l’université de Séoul pour une exposition en Corée. Ils prennent aussi part de plusieurs résidences avec Turf et CAS financé par la municipalité de Croydon. Avec Sandwich, elle prend part dans plusieurs conférences et séminaires de recherches à Raven Row à Londres qui se finira par une small publication en collaboration avec Pacto.

Le travail de Messua a été vu dans des expositions de groupes à travers le Royaume-Uni, telles que le Jerwood Drawing Prize, Water is Wet à la Stanley Picker et Nature Encapsulated à la Lewisham Arthouse. Mais aussi dans des expositions binôme plus intimes comme Le principe de realite a la gallerie de Clapton. Finalement ses pièces ont été aussi exposées, à l’international comme en France, au Japon, en Suisse et en Corée. Certaines de ces pièces font aussi partie de collections privées.

Installation Digestion

ŒUVRE · 2022

Digestion

160 × 245 cm · teintures et encres (betterave, vin, saule, avocat) sur toile · craie, bâton de pommier, os, soie, cuivre

Le travail est parti de l’idée de digestion, suscitée par la transformation et la circulation de la matière dans ma pratique. Comment les matières sustentent mon corps et les peintures, allant du sol à l’assiette et aboutissant à ma palette de couleurs. La betterave en particulier, mais aussi l’avocat et le vin upcyclés.

La digestion est ici considérée selon trois dimensions.

Comme le processus digestif mécanique d’un corps décomposant les aliments, la peinture passe ici par un processus de déconstruction de ses composants les plus élémentaires (ou ingrédients : bois, toile, couleur), dont certains sont encore en train de devenir, dans un état intermédiaire. Le pigment vert de gris pousse encore sur la plaque ; le morceau de craie s’érode sous forme de poudre qui pourrait plus tard être utilisée pour préparer du gesso.

Deuxièmement, la définition alchimique de la digestion comme « une macération, une extraction lente par une chaleur douce » rappelle la préparation des couleurs dans ma pratique. La digestion en alchimie, est une forme de circulation, qui décrit comment les substances sont recyclées pour donner naissance à de nouvelles formes et états, ce qui est au cœur de la logique procédurale de ce travail.

Par exemple, en mimant la déconstruction de la peinture à l’œuvre dans l’œuvre : Une toile est déconstruite : détissé et reconstruit : retissé avec le même fil qui a subi un léger changement de couleur. Ou le fil de soie teint avec l’écorce du pommier. Trouvé d’abord pour la couleur, après avoir été dépouillé pour son écorce, devient les bobines de la dentelle ainsi que des éléments sculpturaux indépendants de l’œuvre, signifiant un châssis. Un système similaire génère le motif sur la pièce de sol : utilisé comme surface pour indexer l’événement de teinture de l’ouvrage tissé. Chaque tache est ensuite « digérée »/retravaillée en formes.

Troisièmement, la digestion devient ici un processus figurativement similaire à ce qui se passe en studio, la rumination de la pensée à travers des processus tactiles.

Hortus Conclusus

ŒUVRE · 2019—2020

Hortus
Conclusus

162 × 320 cm · diverses teintures sur sac en chiffon — Citrata Basilic, lavande, laurier, romarin, basilic, thym, sauge, menthe, persil

Dans la vie monastique médiévale, le jardin intérieur était central : un lieu de prière, de méditation et de travail, qui fournissait également de la nourriture et des médicaments. Dans ce travail, je me suis concentré sur des plantes qui sont encore courantes dans notre quotidien et qui étaient susceptibles d'être cultivées dans ce genre de jardin.

L'œuvre est réalisée à partir de matériaux réutilisés ; des sacs en toiles qui ont servi à récolter les herbes aromatiques cultives dans mon jardin ou ma cuisine.

Ensuite, les sacs ont été cousus ensemble à la main. Le processus de ce patchwork minimaliste renvoie au travail domestique médiéval, qui était au cœur du travail d'une religieuse. La nature méditative de la couture réactive les tempos domestiques perdus faisant écho à la lenteur de la vie monastique, et se déploie comme une tension dans notre contexte contemporain.

Ici, le jardin clos est revisité dans le contexte urbain contemporain comme un espace « sauvage ». Par sa couleur et ses matières, l'œuvre superpose un passé spéculatif à un espace présent.