Textes

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Bibliothèque rose
Création transdisciplinaire Marie-Madeleine — dos nu servant de fond au texte

Marie-Madeleine

C’est celle qui se sauve.
C’est l’orbe par l’esprit.

TEXTE · ENREGISTREMENT · PERFORMANCE · INSTALLATION

C’est une exposition

C’est un paysage en parallèle

C’est une succession de sons

C’est un livre de l’autre côté du temps

Une révélation chuchotée pour traverser l’image des mots

Un mythe au féminin en transparence

Une voix issue des éléments

Un volcan en sourdine

Un récit intérieur enfouit sous des musiques

Un souvenir ancien

Une gomme qui découvre en effaçant les écritures au masculin

C’est une exposition

Un paysage de pages volatiles tracées à l’encre blanche

Pour homme

évolutif Roman

C’est un livre pour homme

C’est une voix de femme

Une voix qui parle au milieu de la guerre de l’homme et de la femme

Et qui se concentre à entendre les chuchotements de l’amour

C’est un livre d’amour

La voix dira Je ou ne dira pas Je. La voix dira tout ce qu’elle voudra dire Se désire comme un baume

Elle ne s’excuse pas d’avance de n’être qu’une voix de la sincérité́ au féminin

Mon histoire d’amour n’est pas une histoire qui vient des livres Et ce sont les livres qui viennent de mon histoire d’amour Mon histoire d’amour

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Est une histoire de temps qui ne se conte pas

Je ne peux rien pour cette histoire

Que la sentir passer aux endroits cachés

Dans des au-delàs̀ ignorés par les mots

Touchent à l’âme Explosés De passage L’atmosphère L’air Éprouvés par chair Visités par cris

Et la voix qui souffle parfois cette histoire-là Taisons-là

Qu’elle traverse

Coute que coute

S’offrir à ça

Au passage de l’Amour

Aldo Romano : batterie

Jac Berrocal : trompette / fémur

Jean-Christophe Mahé : réalisation

Bagheera Poulin : Texte/ voix

TEXTES · BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie

  1. EUX II

    Pièce courte écrite pour un projet de création qui réunissait Hermine Karagheuz et Jacques Higelin

    A cause d ‘EUXII, nous sommes là.
    Premier couple. Deuxième couple. Troisième couple. Boucle
    Chair humaine reproduite jusque-là.
    Divinité. Amour.
    A cause de l’amour : tout ça jusque-là

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    Extrait

    Lui - Tu n’avais pas l’air de ne pas vouloir.

    Elle - Va-t’en.

    Lui - Je ne savais pas que.

    Elle - Que quoi ? Qu’est-ce que tu ne savais pas ?

    Lui - Que nous allions être.

    Elle - Être quoi ?

    Lui - Je n’imaginais pas que j’allais. Tu es. Je te trouve. Magnifique.
    Silence. Que s’est-il passé ? Pour combien de temps encore ? Juste.

    Elle - Quand ?

    Lui - Avant. Non. A présent. Ou même après. Juste.

    Elle - Justement. Je ne me souviens pas de la musique. Qu’est-ce que c’était la musique ?

    Lui - Dis-moi.

    Elle - Bonsoir. Temps. Il vaut mieux se taire. Temps… Fouille ta mémoire. J’ai la mienne.

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  2. Avorton, nom féminin,

    Théâtre · Pièce écrite à La chartreuse de Villeneuve Lez Avignon / Bourse CNL- 2003

    Préface d’Edouardo Manet / « Les carnets MCT » édition épuisée

    Premier acte :

    Je ne connaissais pas Bagheera, mais ce prénom me faisait rêver. Je me demandais… Vient-elle d’un pays lointain ? L’Inde ? L’Iran ? Sa pièce de théâtre était-elle traduite de quelle langue ? Puis, j’ai rencontré Bagheera, non pas la personne mais son travail théâtral. J’eus le plaisir de voir sa pièce « Dans tous les sens » dans une mise en scène de Amaï Saraceni. C’est la meilleure manière de rencontrer un auteur dramatique, homme ou femme. Cette pièce me donna envie de connaître son auteur, une jeune femme française qui écrivait, évidemment, en Français.

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    Deuxième acte :

    La personne correspondait à l’œuvre : intelligence, énergie et passion théâtrale. Plus tard, j’ai eu le bonheur de lire d’autres textes de Bagheera dont « Avorton : nom féminin, ». Les qualités de l’auteur étaient toujours présentes. Bagheera cherche (et elle trouve !) une voie nouvelle. Elle ne se contente pas d’écrire pièce sur pièce : elle part à la conquête de son expression intime et j’ose dire, de son expression de femme. Bagheera aime le défi. Elle affirme, texte après texte, sa voix.

    Troisième acte :

    Nous vivons des temps difficiles. Nous vivons des temps où l’argent compte plus que l’art. les marchands, les commerçants à la tête de certains théâtres sont lâches. Ils (ou elles) courent à la recherche d’une vedette, d’une « star » poule pondeuse des œufs d’or.
    Souvent (et bien fait pour eux « elles) ces gens de commerce ne reçoivent sur leurs têtes que du caca starisé ou satanique, ce qui revient au même. Il y a, nous le savons, des exceptions à toutes les règles. J’espère que cette pièce « Avorton, nom féminin », trouvera la scène qu’elle mérite et, surtout, le public qui saura l’apprécier. Un artiste, selon Nietzsche, est celui qui apporte la vérité. Merci Bagheera de nous faire cadeau de ta vérité.
    Edouardo Manet

    Critique de Gilles Costaz / Pour une série de lectures publiques (théâtre du Rond-point, Palace, salon du livre, SACD, festivals d’auteurs…)

    Une femme écrivain, dans « Avorton, nom féminin, » parle d’un enfant dont elle ne veut pas, de « l’avorton », des médecins, du système médical, de la merveilleuse et infernale relation des hommes et des femmes, de ce qu’on appelle l’amour, de ce qu’on range sous le nom de sexe… Le ventre féminin est au centre de la pièce mais il enfante surtout du théâtre, de la poésie, de l’insolence et tout ce que l’on n’attend pas. C’est du chœur pas antique du tout.
    Quatre personnages sont en scène ; ils, n’expriment pas la collectivité mais l’individualité, la singularité, l’indépendance. C’est une pièce de défi qui tient son pari risqué. Le sexe est si banalisé aujourd’hui qu’il pourrait théâtralement et littérairement, nous assommer. Bagheera Poulin arrive et traite du sexe féminin avec une liberté dont nous n’avons pas l’habitude. Elle est d’une étonnante liberté parce qu’elle ne reprend pas à son compte les habituels discours de libération. C’est toute une société qui se reflète dans ce quadrilogue autour d’une femme et de son ventre enceint, présenté aux commentaires des ausculteurs et des discoureurs. Elle rit, elle se marre, elle invective, elle prend au piège, Bagheera Poulin. Sa langue part en fusée, mais ce sont des fusées de couleur noire. « Elle », son personnage principal, dit à la dernière séquence : « je possède la cruauté. Je ne le savais pas ». Oui, Bagheera Poulin a gagné en cruauté pour ce que ceux qui la suivent pouvaient savoir d’elle (ils aimaient déjà qu’elle soit incapable d’écrire comme tout le monde, notamment que, dans un texte antérieur, elle fasse parler les divers organes du corps humain). L’on apprécie que ses coups de griffe soient encore plus acérés, que Bagheera Poulin frappe où elle et le monde ont mal. Mais n’existe que ce qui est littérature. C’est le style surtout qui nous emporte, très écrit et parlé à la fois. Il y a ces moments qui vont vite, qui blessent, qui interrompent, qui piaffent, qui ruent des quatre fers. Et il y a ces moments qui comptent une histoire, qui prennent le temps de l’intériorité, de la langue travaillée et secrète. Cet entremêlement des deux tempos fait quelque chose d’explosif. Bagheera Poulin a relié l’âme et le ventre comme personne n’avait su le faire avant elle.

    Personnages

    ELLE : Féminin - IL : Masculin
    NARRATRICE : Féminin - NARRATEUR : Masculin

    Extrait

    ELLE - J’ai tiré́ ma larme bien entendu. J’ai joué́ à « maman les p’tits bateaux » et s’il n’y avait que ça dans la vie finalement ? Faire des enfants ? Les faire grandir et puis mourir ? ... Tu ne crois pas toi mon amour ?

    IL - Moi ?

    NARRATRICE - Non. Ce n’est pas à lui qu’elle parlerait.

    IL - Elle m ‘a dit mon amour...

    NARRATEUR - Il ne serait pas dupe. Il sait très bien qu’elle parle de l’autre. Celui qu’elle ne nommera jamais ici.

    NARRATRICE - C’est moi qui décide. Enfin... C’est à elle de dire : de décider. C’est à elle d’aimer.

    NARRATEUR - S’il y a bien une chose qu’un homme déteste : C’est qu’une femme lui en /

    ELLE - Le fouteur de spermatozoïdes aussi il a tiré sa larme sur la larve qu’on voulait lui tuer. Mais quoi ? On est humain non ? Désespérément humain oui...

    NARRATEUR - Ce que ce genre de femme inspire : C’est du respect. Et lorsqu’un respect s’installe : On devient presque timide. On commence à s’éloigner... À ne plus oser regarder en face. On se tient en retrait.

    ELLE - Nous sommes dans un morceau du monde et du temps qui est totalement dégénéré. On a bien le droit d’hypocoristiser tout et de ramollir de la glande lacrymale en constatant qu’il suffit de gober un cachet pour pondre l’œuf et tirer les rideaux. Finalement dès le départ on le sait : On est peu de chose.

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  3. L’air de la cinquième saison

    P r e m i e r R o m a n · Jamais envoyé / Jamais publié

    Extrait

    Dans l’indicible clarté, le temps défile en couleurs pourpres et noires au-dessus des crânes tournés vers le sol. Des chiens trottent vers l’au-delà, cherchant la nourriture sauvage... Celle qui rassasie la bête errante, sous le temps lourd. Une nouvelle meute se formera bientôt et l’aube attendra pour pointer son museau, que les chiens soient repus. Un homme, dont les dents tombent à peine, tue un vieillard qui n’en n’a plus. Devant l’éternel, le décor se casse la gueule de manière systématique, comme une dent de lait.

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    Autour de ma tête, le vent me souffle l’air de la cinquième saison...

    Je regarde en l’air, je ne distingue rien d’autre que les feuilles mortes qui s’envolent.

    Je croise ceux de ma race dans la rue, et je me tais. Je m’enfouis sous une carapace qui me rend totalement invisible. Elle me permet d’observer ces regards qui fusent de partout en se fuyant... Les mendiants sont “ posés ” au milieu des trottoirs, ils font tellement partie du décor qu’on pourrait leur marcher dessus sans se retourner ce ne serait pas si choquant. Je vois des gens voûtés, le regard comme blessé d’êtres qui se traînent sous un ciel qui semble les écraser. Un enfant marche pourtant en se détachant de ce tableau de morts-vivants. Il marche, le nez en l’air, “ la tête dans les étoiles ” comme disent les poètes. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que sa tête percute un poteau électrique et qu’il se fait une bosse, le pauvre gamin. A cela, sa mère répond qu’il doit faire comme tout le monde : marcher en regardant droit devant lui. Voilà que la ville n’est même plus faite pour que les enfants se promènent comme doivent se promener des enfants.

    Ma carapace m’apprend que les poètes mentent et que l’enfance est traquée dans les villes. Je ne vois rien qui me donne envie d’être de cette race-là.

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  4. Mémoires d’une salo

    Nouvelles succédées

    Première nouvelle

    Parthenos - 16 ans / 10 mois / 2 jours...

    Grand mais pas trop.
    Sa bite arrivait à hauteur de son visage.

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    Elle, en génuflexion forcée non pas devant un bénitier mais dos à la cuvette des chiottes de son studio avec ça de lui qu’il lui fourrait dans sa bouche à elle comme l’hostie le jour de sa communion, il n’y a pas si longtemps, face à leur dieu des églises.
    Si.
    Grand un peu.
    Puisqu’il se penchait en faisant le geste de bien viser ses lèvres à elle, son trou, sa cible au milieu du visage.
    Grand beaucoup plus carrément.

    Elle voyait sa gueule aux lèvres serrées en contre plongée comme dans les films d’horribilité, lui encore plus laid, déjà qu’il n’était pas beau, on dira là que c’était vraiment ça la laideur. Quand l’âme a explosée dans le fracas silencieux à l’intérieur du crâne sous les paupières où l’image était infinie et morcelée, c’est-à-dire fractale du latin fractus, c’est-à-dire brisé, elle n’a pas pipé mot.

    Et ceci n’est pas un calumet.
    C’est l’ombre d’une fumée sans feu, l’ectoplasme d’une histoire de l’humanité.
    Ce qui hante ce n’est pas le souvenir, non. La mémoire s’arrange au fond du tiroir des affaires classées étouffées à ressortir peut-être un jour pour plus tard.
    Et la bouche qui s’entrouvre, c’est un trou qui s’en trouve
    Non, ce qui hante
    Ce n’est pas

    Et la bouche s’entrouvre pour y laisser passer le bordel du silence sur la mollesse des années d’atavismes propagées de pénis en pénis depuis les habitudes paléolithiques des premières récoltes d’hommes aux semences. Oui.
    Non, Tout au fond, non. Infiniment non.
    Ce qui hante, c’est le fantôme de la laideur.

    Lui qui signe le rite de passage de la pucelle juste après les contes de fées des communiantes. Au pays magique du spirituel, ce même endroit où logent les cloches de Pâques et le père noël, la petite souris, les maisons de poupées, les princesses et les fées. A côté dans la perception, où le temps se conjugue en décaler-immédiat pour irréversiblement désillusioner le fantasme, activer l’oubli inoubliable au sein de la fabrique de l’être en train d’être.

    Mille mots bien alignés ne diront pas ce qu’il a fourré de force, de chair et d’éther dans sa bouche petite et neuve mais qui existera jusqu’à l’usure comme le sang qui bat au corps la vie. Même dans mille ans, même si on en invente d’autres des mots nouveaux, ça ne peut pas s’écrier ni s’écrire.
    Elle sent déjà qu’elle doit le recracher en entier petit à petit, ou d’un coup sec, un jour, tout ce pu indicible ; et la conscience perce le cerveau où, goute à goute, il voyagera désormais dans le timing des années terrestres.

    Comme une peste, un microbe soudain contracté, une voiture qui écrase, un acide qui perce les couches de peau, l’histoire personnelle vrille au virage de l’intime à taire. Premier rendez-vous du faux semblant à conjuguer au temps du comme si de rien n’était.

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  5. Le crime au fond de nous

    Fable tragique · Théâtre

    Personnages

    Le Fils

    Fils de la tueuse et du meurtrier, né sans nom. L'acteur qui interprètera ce personnage devra lui inventer une difformité apparente : une partie animale, comme une queue, une corne, une griffe ou une partie poilue, une aile. Malgré cette différence, cet homme est beau, lumineux, habité par une force et une douceur particulière.

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    La tueuse

    Sœur jumelle du meurtrier. C'est une jeune femme d'une trentaine d'années. 33 ?

    Le meurtrier

    Frère jumeau de la tueuse. C'est un jeune homme d'une trentaine d'années. 33 ?

    Extrait

    Le Fils

    Je me sens bien. Vous pouvez noter ceci : Que je me sens bien. Sans les mensonges, je vais vous raconter. La suite ne me regarde pas. La suite vous appartient.
    Je suis né difforme. Dans cette grotte. Mon père avait disposé la maison à l'intérieur de la grotte. Il avait posé ces tableaux à même le sol, contre la pierre. Par terre et dans les niches, des bijoux, des couronnes, des statuettes, de la vaisselle, des tapis, des bougeoirs, des meubles de l'empire de chine. Ils devaient être lourds, pour les hisser en haut de cette montagne. Il a tout fait seul. Sa dernière cachette. Les quelques bijoux et tableaux trouvés là-bas ne sont rien comparés à la totalité de son trésor. J'ai retrouvé le journal de ma mère. Elle-même ne savait pas combien… Mais beaucoup, je vous assure, beaucoup. Les musées, les particuliers, les collectionneurs, les banques et autres… Sans parler des vêtements, des étoffes, des vins et liqueurs... De quoi faire vivre dans le luxe tous les habitants de cette ville pendant trois vies ! C'est inimaginable. Ce que vous avez saisi est peu, croyez-moi… D'autres tableaux, d'autres bijoux… Silence.
    Je sais où se cache le reste mais je ne vous le dirais pas. Vous pouvez toujours me torturer pour tenter de me faire parler, je ne dirais rien. Vous pouvez chercher le journal, vous ne le trouverez pas, je vais le brûler. Vous n'aurez rien de moi que ce que je veux bien vous dire. Je suis un martyre, un infirme, un homme de Dieu. Je me moquerais de vos menaces et tortures, je me moque de vous et je me moque de mourir.

    Le meurtrier

    Tu ressembles à une pieuvre quand tu fais cette tête-là. Une énorme bête au fond de l'océan. Elle allonge ses bras et se referme aussitôt. Avec une grosse tête, qui ressemble à une ampoule. Elle s'allume, s'éteint… On te l’a déjà dit, que tu avais une tête de pieuvre ?

    La tueuse

    Non. De toute façon j'adore les bêtes. Et ça ne me dérange pas de ressembler à un poulpe. Tu as entretenu un accent ? On croirait que tu es étranger.

    Le meurtrier

    J'ai beaucoup voyagé. Je n'ai rien entretenu, il est venu tout seul.
    Il te plait ?

    La tueuse

    Il te va bien.
    Tu me trouves comment maintenant que je suis une femme ?

    Le meurtrier

    Tu es… Indécente.

    La tueuse

    Tu n'es pas surpris ? Tu n'es pas surpris de constater que je suis devenue une femme ?

    Le meurtrier

    Tout le monde vieillit.

    La tueuse

    Pas moi. Je ne vieillis pas… Ils disent « un psychopathe meurtrier », un fou, un fanatique, un terroriste, le diable, le mal incarné. Un fouteur de merde, oui. Un voleur international ! mondialement connu. Ils disent milliardaire aussi… Ça fait rêver toute cette fortune planquée sous les pavés… Mais on s’en fiche des journaux…

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  6. Hespérides

    Poèmes en bref

    Extrait

    Tu as vu ton visage ?

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    Il paraît qu’il commence à puer. Qu’il se met à suinter. Il se trouve de plus en plus laid. Il essaye de réparer, d’y poser des matières plastifiées, des liquides et des courbes trafiquées par des mains d’homme pour des corps de femmes… Il est laid. Quoi qu’il fasse. Il se défigure de lui-même par respect. Il pue. De toutes ses cavités, une odeur de pourrit s’échappe. Une odeur particulière, une odeur loin de celle de la terre. Ça lui échappe. L’homme pue. Il a beau masquer l’odeur, faire des efforts détruire ce qui suinte, laver avec de l’eau claire, il sent mauvais à l’intérieur. C’est cette puanteur commune à tous les êtres qui fait d’un homme un homme. Qu’il soit propre ou sal il est sale. Qu’il ait du bon ou du mauvais, il pue quand même de tout le pu du monde. De plus en plus dans le plus il va vers sa destruction. Il est inculte et sourd aux histoires de sa nature. Il laisse des traces derrière lui où qu’il passe. Il est l’incarnation de la prétention. L’homme est un pet foireux. Un enfoiré de la création. La fierté de Dieu. Mais, oui l’homme peut aimer. Alors ce qui pue se met à être l’odeur de l’amour. Cela a beau lui déplaire quelquefois… Il y retourne par devoir. Il n’a qu’à se renifler un peu plus sauvagement le derrière pour se mettre à aimer l’amour. Il pourrait tout de même avouer ses liquides, ses trous, admettre qu’il est ainsi fait. De trous et de liquides… Cela ne puerait plus s’il en avait conscience. Il pourrait dire : j’aime l’odeur de ton sexe une nuit après macération des liquides de l’amour… Au lieu de cela, il lave la preuve qu’il est puanteur, et se fait croire qu’il est une image nettoyée, gage de sa civilité. Il pourrait observer le milliard d’insectes qui lui lèchent les organes nuit et jour… Ces milliards de petites cellules vivantes qui le construisent qui le fabriquent, qui le mangent et qui lui chient dessus… Des animaux sur son corps d’animal. L’homme est un poème humoristique contre lui-même. Mesdames et Messieurs, vous puez et vous n’êtes pas beaux et vous n’y pouvez rien. Vous êtes ridicules avec vos faux visages en plastiques, vos faux cheveux en nylons, vos fausses courbes prétentieuses, vous êtes ridicules car cela ne change rien à ce que vous êtes. Dessous, ces fausses formes, vous sentez mauvais.

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  7. D’Astres et de Gens

    Carnage amoureux · Théâtre

    Personnages

    Quatre enfants

    Sexes mélangés. Clowns d’enfants qui regardent. Visages et corps de cette évidence de l’enfance qui se plie, ne dit rien, offre sa présence. « Est ».
    « Est » et doit faire avec cet « Être » là. Les quatre enfants en silence, tout sexes confondus, interchangeables dans cette position du regard, de l’écoute, du sentir, du « voir » …
    Ils sont adultes ou enfants ou handicapés ou très vieux ou très jeunes peu importe l’image mais ils sont quatre réunis.

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    Lui

    Homme d’un âge improbable peu importe son âge, seul importe son cœur et sa folie d’aimer. Beau, forcément beau. Père de famille… Et alors ?

    Elle

    Femme capable encore d’enfanter, plus ou moins jeune dans ce lapse de temps imparti à la fécondité chez une mammifère femelle… Belle, forcément. Mère de famille… Et puis ?

    L’écrivain, Jean

    Homme d’un âge obligé d’homme certain. Quelques rides évidemment, peut-être entre quarante et soixante, tout simplement… En quête de : Lui, sans doute… Un gros nombril. Père et fils de famille… Et oui !

    Gabrielle

    Jeune femme douée d’amour de l’amour c’est-à-dire vouée comme Eve et Marie à l’homme qu’elle aime. Plutôt jeune et plutôt belle tant qu’à faire ; Juste femme et juste belle tant qu’à faire… Douée, juste douée d’amour du prochain, ayant sans doute trop vue la télé ou lu les contes de fées ou écouté les curés… Sans doute une famille pesante comme toutes les familles. Mère et femme et fille de…

    Extrait

    Elle : Tais-toi, Jean. Ne dis rien s’il te plait. Je ferai comme tu voudras. Surtout ne me demande pas de choisir entre ici ou ailleurs.

    Jean : Nous ne manquerons de rien là-bas non plus. Il y a de l’espace… Ils seront bien nos enfants. Toi aussi peut-être… Je ne supporte plus ici.

    Elle : Moi non plus. Je ne supporte plus ici.

    Jean : Et moi ? Est-ce que tu me supportes ? Est-ce que tu supportes l’homme que tu as choisi d’épouser ?

    Elle : Pourquoi tu dis ça, Jean ? J’ai toujours fait ce que tu voulais. Je t’ai suivi jusqu’à présent, non ? Tu as ce que tu veux ? Non ? Silence. Je te parle Jean ! Je fais comme tu veux, Jean ! Tout comme tu aimes et comme tu penses et comme tu décides et comme tu crois qu’il est bon de faire puisque toi tu es un génie, Jean. Un homme important que l’on peut suivre et qui sait prévoir les cataclysmes et les guerres et qui peut se permettre de douter de sa femme en lui posant des questions aussi bêtes qui ne supportent aucune réponse aucune réponse possible si elle est sincère… Que veux-tu que je réponde alors que tu m’as fait mes enfants que nous élevons et qui nous ressemblent et qui s’accrochent à moi comme toi tu t’accroches à moi ! Est-ce que j’ai seulement le droit de me poser cette question que tu me jettes comme ça, comme si de rien n’était et que je pouvais réellement tout supporter de ça. Je te demande, Jean, comment tu fais toi, pour me supporter moi qui ne supporte rien… Tu feras ce que tu voudras et je te suivrai parce que je ne sais pas faire autrement que comme ça : suivre et me taire. Si je devais aller où je dois aller pour moi seule, Jean, c’est toi qui prendrais ma place et ne supporterais plus rien. Pas seulement ce pays qui n’est pas le tien, mais cette femme que je suis et qui n’est pas la tienne et ces enfants que nous avons fait et qui ne sont pas à nous et cette vie que nous vivons et qui ne nous appartient qu’en surface seulement. Alors, toi, tu vas me dire, Jean, si tu veux vraiment que je réponde à tes questions ou si tu préfères que je continue de me taire et de te suivre et de faire comme si de rien n’était… Comme si tout était bien et normal et que l’on aurait choisi délibérément comme de se supporter ensemble… De se porter… D’être deux.

    Jean

    Je vais aller travailler. Je vais aller écrire maintenant. Réfléchis juste à ce que je t’ai dit. Je voudrais partir. Si tu veux. Je voudrais que l’on veuille une fois, quelque chose ensemble, tous les deux. Je ne veux plus décider seul. Je ne peux plus supporter cette réalité de décider seul. C’est une chose que je ne supporte plus.

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  8. Pour homme évolutif roman

    Enregistrement sonore - Aldo Romano, Jac Berrocal, Jean-Christophe Mahé, Bagheera Poulin

    Pour un Dieu(x

    Quelque chose d’absolument féminin se prépare. Un "déformement" lent est en train de s’accomplir. Une des deux forces est en train de changer l’ordre. L’un et l’une : Y retourner, se revoir. Face à face. Depuis l’homme, rien n’a plus existé. Rien d’autre n’a régné en l’homme, que l’homme. Elle n’est pas montée sur le trône. Elle n’a pas gouverné. Elle s’est à peine dévoilée dans l’ombre de l’histoire. Les forets, les dunes et les bûchers lui ont servi de royaume. Dans l’ombre, toujours dans l’ombre. Tapis dans cette matrice de chimères. Tenue morte par l’ignorance des âmes débutantes.

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    Le génie est un homme. Il retourne le monde et le féconde en se regardant dans le miroir.
    La lecture de ce miroir est une femme. Un soleil avec une lune. Une glace qui renvoie le feu.
    Cette nuit deviendra féconde. Le temps n’existe pas.

    J’étais logée dans le crépuscule, j’attendais l’aube. Seuls mes yeux regardaient, cherchaient, guettaient, persuadés de quelque chose. Ils travaillaient silencieusement, s’ouvrant et se fermant. Ils avalaient l’image de l’opaque. Une faible lueur est parvenue dans mon cœur qui a battu un coup.
    La faible lueur a scintillé ensuite, est devenue plus précise : un clignotant. Quelque chose s’est mis à briller pour de vrai au fond du fond. Mon cœur a battu deux coups.

    Alors mon corps a commencé à se rassembler. Au troisième coup,
    les vapeurs se sont dissoutes dans la chair qui enflait un peu. La lueur s’étalait "maintenant" et devenait un horizon pâle. La musique du fond de mes cellules est devenue audible pour s’échapper de mes ouïes. Et un quatrième coup
    a frappé dans ce cœur qui vivait presque. Au cinquième coup
    dans le cœur : l’eau pour échafauder les fondations de la féminité qui s’inscrivait ici, dans le crépuscule. Face à moi qui devenait Lilith ; C’était l’aube. Six coups.

    Une large forme arrondie résultait de ma circulation. Dans les creux, d’autres creux accueillant des trous par où passaient des spirales qui se régénéraient toujours dans mon cercle. Des senteurs et des bruits se chargèrent de me rendre folle jusqu’à l’explosion du dernier coup.
    Ce dernier me mit debout. La rage a activé toute cette énorme masse que j’étais alors devenue. Errer jusqu’au bout de cette lueur de l’aube. Constater les couleurs, deviner les matières : pressentir. Inventer.

    Le féminin attiré par sa face masculine.
    Un grand serpent qui cherchel’extrémité de sa queue pour se la mordre, absolument. Engloutir, aspirer, recevoir sa semence. Soudainement,
    sous la lumière, un temps nouveau. Un coup
    a vibré à un moment au début de mon cœur. Je t'ai aperçu toi que je cherchais sans connaître. Mes yeux t’ont regardé calmement. Tu dormais sur un sol de sable qui
    5
    grignotait ta chair de sa « brûlance ». Ta chair comme bouffée par le sel de la mer. Je possédais son eau et tu avais son sel. Il suffisait que je t’en verse un peu pour que naisse un océan. Je le compris.

    Dans ce sable chaud, près d’un puits vieux comme le monde, s’est déroulée l’histoire du premier homme et de la première femme. Tels sont presque les mots de la bible. Il n’y avait ni pomme, ni serpent, ni jardin, ni Dieu. L’unique fruit qu’il m’a semblé exister était celui qui se tenait brûlant entre mes jambes et cette conscience du serpent que je devais retrouver afin de le mordre absolument. Cet étrange chemin qui m’était prescrit... Je me suis approchée.
    Cela a certainement duré quelques milliers d’années. Le féminin se rapprochant du masculin.

    Ce qui arrive ensuite de la première histoire, c'est toi qui l'a voulu.
    Dressé en vie par mes pouvoirs, accompli de chair par mes eaux... Tu m'as prise, désirée, changée, retournée, soumise, tuée en me couchant sous ton poids. Je t'ai suivi, bercé, aimé, je t'ai donné ce que j'étais venue t'offrir. La vie. Mon amour. Cette fois. Des nouvelles, des rousses, des pleines, des croissants, le temps effacé, mes bras et ma chair. Ton tremplin. Quelque chose encore est apparu, alors le huitième coup
    vibre enfin. Je sens déjà le roulement lointain de la vague qui vient de naître au ventre de l'océan. Le mouvement certain. La vague arrive. Son déferlement est un bruit sourd. Je vois venir. Je pressens l'odeur de tes cheveux mouillés, de ton visage battu par la force qu'elle aura lorsqu'elle viendra s'abattre une nouvelle fois sur une plage où tu seras. Que je te dise... Que nous n'y pourrons rien. Je ne pourrai jamais me débarrasser de toi. Nous ne pourrons jamais nous défaire. Mais il est temps que mon règne vienne.

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    heerabag@hotmail.com

  9. Dans tous les Sens

    Variations autour de la révolte des sens

    Personnages

    La Voix

    La Main
    La Bouche
    L'Oreille

    Le Nez
    Le Cul
    L'Oeil

    Lire la suite

    Le Nez

    Pourquoi ne pas allez s'promener, maintenant ?

    L'Oreille

    Mais le livre va s'envoler !

    Le Nez

    Vous en lirez un autre !

    L'Oreille

    Attendez un instant, je voudrais finir ce chapitre...

    Le Nez

    Un chapitre, c'est long... Laissez-moi vous aider. Je vais finir le chapitre avec vous.

    L'Oreille

    Pourquoi pas ?

    Le Nez

    Quelle époque ?

    L'Oreille

    Peu importe l'époque.... L’histoire ne change pas !
    Ils sont enfermés dans un sous-marin... Il y a un piano et un chien.
    Le chef des étrangers vient d'être assassiné par un deuxième chien !

    Le Nez

    Pourquoi ?

    L'Oreille

    Ne cherche pas, c'était un étranger.

    Le Nez

    Bien sûr, mais pourquoi le chien l'a mordu ?

    L'Oreille

    Pour devenir une chenille, pour mourir deux fois !
    C'est mieux que rien, parce que dans sa tête, il s'est dit c'est vivre deux fois !

    Le Nez

    Et bien, je crois que le mieux serait de lire que la chenille s'est transformée en hippocampe...

    L'Oreille

    Mais c'est impossible puisque même les chenilles ne se transforment plus !

    Le Nez

    Pourquoi ?

    L'Oreille

    C'est la guerre...

    Le Nez

    Alors, c'est une histoire sans fin... Venez plutôt respirer l'air frais, c'est vivifiant... On n'apprendra rien de plus dans ce livre...

    L'Oreille

    C'est entendu, à présent je veux bien aller me promener avec vous...

    Le Nez

    Il s'arrête, cherche avec son nez.... Il sourit... Il devient hésitant, et semble ne plus avoir envie de cette promenade ; elle ne comprend pas.

    Votre professeur dort combien de temps ?

    L'Oreille

    Jusqu'à la douche.

    Le Nez

    Quelle fin, quand j'y pense...

    L'Oreille

    Quoi donc ?

    Le Nez

    Dans une vie.

    L'Oreille

    Pour le chien ?

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    heerabag@hotmail.com

BAGHEERA POULIN · TEXTES