« J’ai tendance à subvertir le système »(Bob Dylan &… Marc Dufaud !!!)
Itinéraire d’une enfant pressée – précieuse pourrait-t-on ajouter si on ne craignait pas le ridicule poquelinesque !
Bag c'est l'histoire d'une femme pressée… Pressée d’impatience, pressée de vivre et animée d’une inextinguible soif de faire parce que tenaillée par l’angoisse de n’avoir ni le temps ni les moyens de tout dire, de tout faire.
Une femme Pressée… si on ne craignait pas une fois de plus ce diable de ridicule, on ajouterait pressée comme un citron pour en extraire tout le jus en gardant la pulpe avec ce qu’il faut d’acidité !
Si le combat face au temps est perdu d’avance, cette urgence décuple sa boulimie son verbe et son énergie.
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Bag c'est l'histoire d'une femme pressée… Pressée d’impatience, pressée de vivre et animée d’une inextinguible soif de faire parce que tenaillée par l’angoisse de n’avoir ni le temps ni les moyens de tout dire, de tout faire.
Une femme Pressée… si on ne craignait pas une fois de plus ce diable de ridicule, on ajouterait pressée comme un citron pour en extraire tout le jus en gardant la pulpe avec ce qu’il faut d’acidité !
Si le combat face au temps est perdu d’avance, cette urgence décuple sa boulimie son verbe et son énergie.
A 18 ans, comme tant d’autres mais déjà singulière, elle s’inscrit au cours Florent dans la classe d’Isabelle Nanty. Là où les jeunes filles en fleurs n’y font qu’une brève escale ludique, elle s’y investit avec fougue ; elle apprend à jouer bien sûr mais surtout elle absorbe tout, fourbit ses armes, ses gouts, son esthétique, sans pour autant se reconnaître pleinement dans la forme classique qu’on lui enseigne. Tout en vouant une admiration infinie aux grands auteurs classiques qu’elle lit et relit constamment ce qui l’inspire par la pertinence et la modernité, elle tend (ré)novatrice, une approche oblique qui la porte assez naturellement vers un théâtre d’avant-garde/ théâtre de la Cruauté où elle se reconnaît sans pour autant y adhérer pleinement.
Premiers contacts, premières auditions, premiers engagements, premières illusions aussi et premières désillusions…
Mais la désillusion a ceci de formidable qu’elle trempe en acier inoxydable la volonté pourvu qu'on se vaccine contre l’amertume qu’elle inocule, poison plus meurtrier que tous les covid 20, 21 et autres venins à la mode.
Déterminée et ambitieuse, Bagheera court les castings, décroche quelques répliques ici, fait des apparitions là et finit par se faire remarquer ; on lui propose alors des rôles qui valent bien pour gagner sa vie – n’est-ce pas – quelques modestes concessions (sacrifices ?). Intransigeante, elle refuse parfois : certains principes, certaines révoltes ne sont pas négociables.
Son intégrité - qui jamais ne se confond ni ne flirte avec de l’intégrisme - lui aura sans doute barré une voie royale sinon quelques autoroutes à tapis rouge ; qu’importe ! elle a bifurqué sur des voies de traverses absolument plus passionnantes sur le plan artistique, plus exigeantes, mais plus risquée et bien moins glamour.
D’ailleurs, le costume de comédienne qui lui semblait déjà une cotte « mâle » taillée, se révèle désormais trop étriquée, elle y étouffe, le déborde largement. It’s not enough…
L’imaginaire en ébullition, elle se recentre alors sur l’écriture et le théâtre même si la nécessité faisant loi elle ne peut pas toujours monter ses propres textes.
S’il reste aujourd’hui encore son média de prédilection, on ne saurait l’enfermer ni la restreindre à la seule pratique théâtrale même prise dans son acceptation la plus large.
La scène est pour elle autant un royaume qu’une passerelle…
Après l’avoir affinée, elle va affirmer sa vision d'où ses incursions et emprunts à d'autres formes d’expression, d’où surtout sa volonté de tendre vers une forme d'art total où les médias se complètent, se répondent et s’interrogent : scène - cinéma – vidéo - musique – cirque - danse - arts plastiques …
Sa démarche et ses projets de pièces lui valent l'attention de quelques mécènes - étatiques ou pas - qui lui donneront les moyens de s'exprimer. On retiendra principalement « La maison des métallos » structure qui l’accueillera en artiste associée sur plusieurs années ses locaux du 11ème. Elle en fera son jardin, plus exactement son champ, un champ d’expérimentation qu’elle va sillonner, labourer, creuser, ensemencer pour en récolter in fine la substance moelle, nourriture de l’âme et du cœur.
Là, elle multiplie les collaborations, provoque des rencontres surprenantes et improbables, suscite de véritables collusions artistiques entre musiciens, plasticiens, vidéastes.
Les créations s’enchaînent, tantôt représentations, tantôt événementiels plus ou moins éphémères : musiciens, stylistes, plasticiens, peintres, photographes, chorégraphes, vidéastes entrent dans son tourbillon apportent leur contribution et se fondent dans cet univers éclectique qui lui ne se fond nulle part et certainement pas dans le décor ni dans la bouche !
C’est un univers âpre dur qui frotte et râpe, qui dérange, agace, séduit, parfois les trois à la fois. Son écriture est de la même trempe. Un univers polymorphe, tissé de beauté et de violence, d'emprunts assumés et de créativité, où mythes anciens et réalité sociale contemporaine entrent en interaction pour produire du sens, du Bô !
Avec Ophélie puis Marilyn – dont elle publiera le texte - elle crée des ovni arty hyperboliques déclinés sous des formes à la fois complémentaires et dissociables : performance live, vidéo, musique, plaquette et même un blog en forme de journal.
Artiste engagée dans son art, dans son temps et par son sexe, Bagheera écrit comme elle vit, avec force et générosité, mais c'est surtout comme metteuse en scène qu'elle donne la pleine mesure de sa créativité et de la pulsion de vie qui l’anime; fourmillant d'idées innovantes, dérangeantes surprenantes, ses créations ne se contentent pas d’activer ou d’articuler des textes, elle les chargent en énergie noire et blanche à la façon des poésies de Daumal, les électrisent, en découvrent un sens parfois caché au cœur d’un flux intense.
Les créations deviennent créatures, créatures hybrides monstrueusement belles qui ont besoin d’espace pour se mouvoir et s’exprimer.
En 2016, Bagheera plie bagages ; (prenant ses distances avec sa ville natale, et laisse derrière elle un entre-soi dont elle a épuisé les charmes). Bye bye Paris, direction bordeaux pour remettre les compteurs à zéro, faire table rase du passé et tout le toutim.
A peine installée en Gironde, la nécessité faisant loi, elle accepte d’endosser une panoplie de … professeur dans la toute nouvelle école Florent qui vient d’ouvrir. Elle enchainera les ouvertures d’enseignes en faisant naitre l’antenne Cours Simon-Bordeaux.
Malgré ses doutes et ses peurs, elle assume son rôle avec fougue et professionnalisme, découvre les vertus de la transmission.
A l’instar de la façon dont elle soigne ses fleurs au cœur de son jardin terrasse, elle aime à faire s'épanouir les personnalités, elle sait en révéler toute la sève. Après tout, ce n’est pas pour rien que FLEUR est l’anagramme de fêlure !
Rapidement sa capacité à rassembler et à fédérer fait florès.
Elle convertit ses cours en laboratoire et embarque ses classes dans une aventure artistique et humaine unique capable d’éveiller ou de booster la vocation des plus engagés et de réveiller chez les autres – ceux nombreux qui ne seront certainement pas acteur - « l’humain qui est en eux ».
L’acte de transmission se change alors en sacerdoce. ET si elle craignait d’y laisser sa peau d’artiste, c’est le contraire qui se produit malgré l’adversité et les aléas du genre confinerie générale Bagheera conçoit, écrit, dirige et met en route de multiples projets.
En 2017, elle pose les bases avec Hermine et Messua du collectif «FfemmeSavantes », projet né du constat commun qu’elles font d’un réel déficit de la parole des femmes du moins telle qu’elles trois la conçoivent quitte à se démarquer de la pensée dominante. Portées par la même aspiration, à savoir promouvoir une forme de féminisme (de féminité) sexué déclinée sous diverses formes (lectures, performances, créations, site, essais…), elles réunissent leurs textes anciens, en travaillent de nouveaux et ouvrent le collectif à celles et ceux que leur démarche inspire.
Le lien puissant qui unit trois femmes de générations différentes mais de sensibilité commune, est tel qu’en dépit de la disparition d’Hermine, en 2020, portant désormais seule ce projet, Bagheera va se battre pour le faire exister.
S’estimant dépositaire de la mémoire de son amie, égérie seventies, elle a assemblé une troupe, entamé les répétitions et finalise à l’instant même ce site. Plus qu’un hommage, un acte d’amour qui résume finalement le véritable Savoir de femmes avec lesquelles il va falloir compter et plus particulièrement de Bagheera Poulin.
FemmeSavantes transpire cette quête et se veut une arme de guerre dont B est tantôt la tête chercheuse tantôt le missile équipé d’un dispositif autonome lui permettant de rectifier le manque de moyens.
Marc Dufaud




