J’ai pensé à la guerre aujourd’hui.
Il parlait de l’Afrique et prévenait que dans deux décennies, des gens traverseraient au risque de leur vie ; la vie, qui n’aurait pas la même valeur partout sur le globe.
J’ai pensé aux migrants qui traversent les mers aujourd’hui, ceux qui viennent, chaque jour, qui désirent parler.
J’ai vu la vie vivante comme une réalité démographique des organismes évoluant ensemble, dont nous, les habitants humains qui avons colonisé la planète de façon exponentielle…
J’ai pensé à la bataille du vivant parce qu’elle nous entraîne fatalement comme un ensemble : le lion et le plancton, la souris et l’homme, le moustique et le thon, l’éléphant et le chat, la pierre et l’eau, le sable et le ciel, l’algue et la craie…
J’ai imaginé un théâtre des vestiges échoués au fond des mers, comme des crimes enfouis au cœur de notre inconscient collectif. De nouveau j’ai ressenti l’urgence de transmettre ce qu’on pourrait presque nommer une méthode, de réunir des énergies prêtes à jouer, danser, se questionner, être traversées…
Le gel des budgets de la culture me donne envie de créer d’autant plus pour résister ; j’ai senti le besoin de monter un commando d’artistes dans ce moment de notre histoire sur cette phrase :
« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut,
et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Cette phrase est issue de la table d’émeraude, c’est de la littérature hermétique. Elle est pourtant simple et peut se lire à plusieurs échelles, quel que soit l’étage émotionnel où l’on positionne la loupe pour la méditer : sociale, spirituelle, poétique ou politique, elle est universelle. Elle servira de base à cette création totale qui sera le fruit d’une recherche de liberté et d’émancipation des conditions du théâtre.
L’espace scénique est un site classé patrimoine de l’Unesco, qui nous met en relation avec l’architecture et l’histoire. Ma recherche posera la question des corps et de l’espace-temps ; d’une danse intérieure pour tisser des liens avec la nature, comme « expérience étendue ».
J’imagine une mythologie contemporaine en observant les métamorphoses de notre civilisation. Je scrute les fantômes de nos actes passés, nos conquêtes, nos mutations géographiques et génétiques, comme la fabrique d’un « refroidissement climatique » de notre humanité qui pourrait se perdre sans conscience.
Cette mythologie inventée serait un fil rouge pour tisser des liens entre la parole et l’image, dans une divagation théâtrale et prolonger des visions flottantes entre le ciel et les abysses humaines, le génie militaire et le théâtre des hommes, en public, une fois seulement.